Economie et Front national: le grand tête-à-queue

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Economie et Front national: le grand tête-à-queue

Message  Admin le Ven 1 Avr - 12:42

31/03/2011 http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/finances/2011/03/eco-fn.html
Economie et Front national: le grand tête-à-queue

Capture d’écran 2011-03-31 à 16.09.19 Si le FN devait passer son bac, on peut penser que sa note en éco ne serait pas terrible. C'est que, depuis sa toute jeune enfance, le FN ne bûche que deux matières: immigration et (in)sécurité. L'économie, c'était le sujet que les journalistes abordaient face à Jean-Marie Le Pen pour mettre en avant la vacuité de sa pensée dans ce domaine. Le vieux chef était alors très passagèrement déstabilisé puis, avec la faconde qu'on lui connaît, retournait la question sous forme de constat («le chômage progresse, ...»), remettait un coup d'immigration («les étrangers qui prennent nos emplois») par-dessus et changeait de sujet. La seule ligne de conduite connue du FN était d'inspiration poujado/reagano/ultra-libérale. Mais Marine le Pen semble vouloir changer la donne en donnant du corps à la politique économique et sociale du FN et surtout en en changeant complètement la ligne. Habile tactique mais qui reste encore floue, comme le montre la section "économie et budget" du FN : en construction ...

Jean-Marie l'ultra-libéral

Dans un meeting de campagne du 25 avril 2007, Jean-Marie Le Pen tenait un discours que ne renieraient pas le MEDEF ou les ultra-libéraux:

«L'activité économique sans laquelle il ne peut y avoir de politique sociale que ruineuse s'est progressivement affaiblie, le chômage est monté, les impôts et les charges aussi. Les dépenses publiques n'ont cessé d'augmenter, écrasant d'impôts les entreprises qui pourtant sont les seuls organismes économiques capables de créer de la richesse et l'emploi.»

Il appelait à une baisse massive des impôts:

«Dynamiser l'économie de demain par une révolution fiscale qui rendra aux Français le fruit de leur travail et la disposition de leur patrimoine, par la baisse significative de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur les successions.»

Là encore, on retrouve un discours de facture très libéral que l'UMP ne tient plus depuis déjà longtemps (au moins sur l'impôt sur le revenu).

En cherchant bien sur le site du FN (via Google), on peut même retrouver cette ébauche de nouveau barême fiscal avec une tranche supérieure à 20% (au lieu des 41% actuels) !

Programme_budgetSource : site du FN

On le voit, le coût estimé était de 29 Mds€, une paille ! Mais le FN prévoyait que, en fait, les baisses d'impôts allaient faire gagner de l'argent à l'Etat. Là encore, on est en pleine idéologie libérale. Le FN comptait sur une réforme fiscale d'"envergure" sur 5 ans qui devait, au final, faire gagner 9 Mds€ à l'Etat. L'idée sous-jacente est que l'impact sur la consommation et l'investissement des baisses d'impôt allait, à terme, non-seulement compenser les 29 Mds€ de baisse mais également générer 9 Mds€ de gain. Ambitieux... et non étayé ni chiffré. Notons également que l'on ressent quelques similitudes avec le «choc de confiance» que devait générer la loi TEPA et ses différentes réductions d'impôts (notamment la baisse de l'impôt sur les successions qu'appelait aussi JM Le Pen de ses voeux). Idem pour l'idée du Front National qui appelait en 2007 à un «grand audit des comptes de l'Etat» qui devait rapporter 4 Mds€/an. Mais dites-moi, ça ne s'appelle pas la RGPP (Réduction Générale des Politiques Publiques), ça? Comme quoi, malgré la haine imputrescible de Le Pen à l'égard de l'UMP, le FN partageait, en plus décomplexé encore, la ligne économique du candidat Sarkozy de 2007.

Le Pen-père s'en prenait volontiers à l'«Etat prédateur» et se voulait le chantre de la libre-entreprise, des artisans et des TPE/PME. Il considérait le syndicalisme «destructeur». Il professait volontiers son mépris des fonctionnaires et voulait réduire leur nombre face à ce qu'il appelait l'«hypertrophie du service public».
Les racines

Ces déclarations à l'emporte-pièce n'ont jamais donné au Front National un vrai programme économique. Et les cadres du parti ne se sont jamais encombrés de théorie économique ou de chiffrage précis. Tout cela ne constitue donc qu'un "nuage d'idées". Mais une ligne directrice le traverse: primat donné au secteur privé, méfiance absolue vis-à-vis de l'Etat qui doit être affaibli (économiquement), haine des syndicats. Tout celà, c'est du libéralisme pur et dur, voire même de l'ultra-libéralisme.

Comment expliquer ce tropisme?

1. L'anti-communisme viscéral de l'extrême-droite et qui s'est transformé en haine du "socialo-communisme" après l'accession de François Mitterand au pouvoir en 1981 avec des ministres communistes au gouvernement. Dès lors, les thèmes présentant une certaine proximité avec cette "engeance honnie" se doivent d'être rejetés: puissance de l'Etat, nationalisations, contrôle du privé, syndicalisme
2. Jean-Marie Le Pen a réellement démarré en politique sous les auspices du poujadisme, mouvement sous l'étiquette duquel il a été élu à l'Assemblée en 1956. Il ne s'est jamais réellement défait de cette matrice: défense des artisans, commerçants et petits entrepreneurs; détestation de l'Etat central et de son pouvoir; dénonciation de l'impôt confiscatoire
3. Le décollage du FN a eu lieu au tout début des années 80 (à partir de Dreux notamment), à l'époque où Reagan et Thatcher venaient d'accéder au pouvoir. Le Pen n'a jamais, c'est le moins que l'on puisse dire, été atlantiste. Mais nul doute que ces exemples étrangers n'ont pu que le renforcer dans ses croyances initiales.

La Marine change de bord

Marine Le Pen fait preuve, depuis son accession à la présidence du FN, d'un grand sens tactique. Elle tente de présenter le FN sous un visage plus avenant (au propre comme au figuré) et n'hésite pas à s'engouffrer avec audace dans des thèmes comme la laïcité. Mais elle a également compris qu'elle devait muscler le programme du parti sur l'économie. En effet, la crise est passée par là et tous les français (la majorité en tout cas) comprennent que le volontarisme politique est vain s'il ne tient pas compte des difficiles réalités économiques. Louis Aliot, son compagnon et conseiller l'affirme haut et fort : «Il faut faire comprendre au plus grand nombre que nous avons un programme économique et social alternatif à la gauche et à la droite».

Marine le Pen a aussi compris, par sens tactique mais aussi car elle ne possède pas la même matrice idéologique que son père (elle n'est pas de la même génération), que son accession à la présidence lui ouvrait la possibilité et même la nécessité de rompre avec la doxa ultra-libérale de son ascendant. En effet, le FN se trouvait dangreusement en porte-à-faux avec son électorat:

1. Le libéralisme n'a jamais vraiment pris en France. Avant même la crise, il n'était revendiqué par aucun parti. Suite à la crise, il est plus décrédibilisé que jamais ce qui représentait un danger très fort pour le FN, celui d'être associé à l'"idéologie qui a provoqué la crise"
2. L'électorat des débuts du FN, celui issu du poujadisme, était issu des rangs des petits artisans, commerçants, petits patrons. Les thèses économiques pouvaient leur convenir. Mais le FN est désormais fortement ancré dans le milieu ouvrier (au point d'en devenir le premier ou deuxième parti) et présenter un programme de baisse massive d'impôt sur le revenu à cet électorat revenait à vendre de la glace aux eskimos
3. Enfin, toutes les études et les enquêtes le montrent, les français ont peur et sont en demande de protection. C'est ce que le FN leur propose: une protection contre l'étranger, l'immigré, l'insécurité, l'Europe, le libre-échange, les usines chinoises à bas coût. Mais, d'un point de vue économique, il prônait le contraire en poussant le libéralisme qui, au contraire, réduit la protection pour exalter l'initiative et le mérite individuel. Et il appelait à un moins d'Etat là où, pour les Français, l'Etat représente le rempart protecteur suprême
4. Dernier hiatus: le FN appelait à une "nation forte", une "Europe des nations", une nation puissante sur ses missions régaliennes (police, armée, justice, ...) mais une nation du "laissez-faire" au plan économique

Ces incohérences avaient atteint un point de rupture et on peut imaginer qu'elles devenaient une entrave à la volonté expansionniste du parti d'extrême-droite. Et Jean-Richard Sulzer, professeur de finances à Dauphine et conseiller régional dans le Pas-de-Calais, entérine le changement de cap: «Alors que son père était ultralibéral, par réaction au communisme, Marine Le Pen est dirigiste, dans le sens colbertiste du terme».

Pour le moment, aucun programme n'est arrêté mais il doit sortir dans les prochaines semaines selon le parti. En attendant, le changement dans les discours est déjà patent. Marine Le Pen critique la politique de l'UMP en s'en prenant notamment au démantèlement des services publics. Elle s'en va draguer les fonctionnaires, évoquant un «malentendu» qui leur aurait faire croire que le FN était leur ennemi. Elle vante un «Etat fort», «colonne vertébrale» du pays et fustige la RGPP. Enfin, elle décline cet Etat fort en trois qualificatifs: stratège, protecteur et solidaire. Ce que ne renierait pas le PS (ni l'UMP d'ailleurs). Et tant qu'à faire, elle prend position sur l'école (en citant Platon au passage, on ne se refuse rien!) en fustigeant les suppressions de postes et en vantant les «professeurs talentueux».

Restent malgré tout des points forts de continuité avec la politique du père: c'est le souverainisme, le refus de la mondialisation, de l'Europe, du "libre-échangisme". Avec pour programme en ces domaines un retour fort au protectionnisme (barrières douanières), la sortie de l'Euro (deux concepts ostracisés par l'ensemble de la classe politique mais défendus avec une certaine ambiguité par Emmanuel Todd) et de l'Europe.

Au final, l'économie peut-il être un angle d'attaque face au FN? C'est compliqué... les arguments ne manquent pas pour disqualifier le parti en ce domaine, à commencer par le manque de cohérence. Encore faut-il arriver à en convaincre ses électeurs qui ont perdu toute confiance dans les autres partis politiques et plus globalement "dans les élites". Ainsi de la sortie de l'euro. Certains opposent un très sec "c'est impossible" ou "c'est irréaliste" qui ne fait que renforcer les électeurs dans leur impression que les partis de gouvernements refusent de considérer toute alternative et ne prennent même pas la peine d'argumenter. D'autres tentent d'opposer des arguments factuels (dévaluation du franc, hausse des taux d'intérêts de la dette, hausse du coût de la dette libellée en euro, hausse des prix des produits importés, inflation) mais ceux-ci sont difficilement intelligibles pour qui ne possède que peu de notions d'économie et le FN retourne les arguments: «il y aura de l'inflation? Indexons les salaires sur l'inflation». Soit le retour de l'échelle mobile des salaires abandonnée en 1982. Argument que ne renierait pas disons ... Lutte Ouvrière. Et tant pis pour la spirale (hyper)inflationniste qui adviendrait.

Il va donc être très dur de convaincre ses électeurs présents et putatifs de l'inanité du programme économique du FN en vue de l'élection de 2012. Mais on peut peut-être déjà rappeler à Marine Le Pen que son père prônait, il y a 4 ans seulement, à l'aube de la crise économique, un libéralisme dur qu'elle accuse aujourd'hui volontiers d'être à l'origine de celle-ci. Et pointer systématiquement le virage à 180°, voire le tête-à-queue que son parti réalise sur l'économie. La "grande crise" justifie bien des changements de pied (Nicolas Sarkozy en tête), mais un grand écart pareil, non.

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